I - Patchwork ou quilt?

Pour un même ouvrage on parle de Quilt aux Etats Unis et de Patchwork en Europe.

Pour comprendre la signification exacte de ces mots, il convient de faire un peu d'étymologie: QUILT : origine latine, signifie rembourré, matelassé, tandis que PATCHWORK : origine anglaise est formé de deux mots: patch = petits morceaux, pièce rapportée et work = travail.

Le mot Patchwork correspond d’avantage à la technique de réalisation du dessus de l’ouvrage, tandis que Quilt correspond à la technique de matelassage.

La définition Américaine du Quilt est :

" ouvrage composé de trois épaisseurs de tissu: un dessus (uni, appliqué ou réalisé en patchwork), une ouatine et une doublure, le tout maintenu ensemble par des piqûres ".


II - D'où vient le Patchwork?

De quand datent les plus anciens patchworks? Probablement depuis que la couture existe! Proche-Orient, Perse, Egypte, Grèce, Rome antique connaissaient déjà la technique du patchwork.

L’Académie des Sciences de Leningrad conserve un fragment de tapis funéraire réalisé selon la technique du Patchwork entre 100 av. J.-C. et 200 ap. J.-C. , tandis que le British Museum possède une statuette d’ivoire représentant un pharaon portant des vêtements confectionnés en patchwork datant du II° millénaire av. J.-C.

En Europe la technique est utilisée à partir du Moyen-Age: les vêtements portés par les Croisés sous leur armure et les caparaçons qui protégeaient les chevaux lors des tournois étaient "Quiltés" (matelassés) . Les étendards sont en "Appliqué", le costume d'Arlequin en "Piècé" (assemblé).

Mais le patchwork décoratif et artistique est très récent...


III - D‘utilitaire, le Patchwork devint rapidement décoratif,

les piqûres sont plus régulières et les patchs moins aléatoires

Chaque pays d’Europe apporte sa contribution:

la France les applications   simples et la broderie Perse (applications de motifs de fleurs, fruits, animaux découpés dans le tissu imprimé),

l’Italie le Trapunto et des motifs géométriques élaborés (costume d’Arlequin, caparaçons des chevaux...),

L’Espagne introduit le patchwork dans la confection des vêtements féminins et religieux ,

ceci dès le XIVº siècle.


IV - Le patchwork en Angleterre.

Au retour des Croisés, les femmes utilisèrent largement le capitonnage pour la lingerie avec des tissus précieux (soie, satin, taffetas), le réservant aux classes nobles.

Les femmes plus humbles utilisèrent des tissus usagés et des chutes de couturières pour confectionner des vêtements et des couvertures.

Les vêtements de la reine Elisabeth étaient si pesants qu'ils étaient montés sur roulettes! C'est d'ailleurs à l'époque Elisabéthaine (1558-1603) que le Patchwork devint un art.

Marie Stuart, reine d'Ecosse emprisonnée pour vingt ans, consacra sa réclusion au Patchwork. Certains de ses ouvrages sont conservés aujourd'hui à La Tour de Londres.


V - L'âge d'or du patchwork

L'apparition des machines à filer en 1779, du métier à tisser mécanique en 1785 donnent des tissus plus fins que ceux tissés à la main et de prix plus abordable.

L'invention de la machine à coudre en 1856 donne un nouvel essor au patchwork.

Les ouvrages les plus riches et les plus convoités datent de l'époque Victorienne (1837-1901), on trouve la mention de patchwork dans les testaments de cette époque, ils sont légués au même titre que les objets précieux.

Les "quiltmaker" vont de ville en ville pour matelasser les ouvrages et sont payés en fonction de la quantité de fil utilisé.

Le "marker" est celui qui trace au crayon les lignes de matelassage formant parfois des dessins complexes; Joe Hedley est le plus célèbre marqueur du XVIIIº siècle.

Petit à petit, le Patchwork  perd de sa vivacité créative en Angleterre sans totalement disparaître.


VI - L'origine des noms

Les pionnières américaines ont donnés des noms évocateurs à leurs blocs, facilitant les échanges et la reconnaissance des motifs. Il n'est pas rare de retrouver un même motif avec plusieurs noms en fonction du lieu ou de la communauté de création. (ORANGE PEEL la pelure d'orange devient JOB'S PATIENCE la patience de Job par exemple),

Les noms sont inspirés :

- de la vie quotidienne (LOG CABIN la cabane de rondins, SHOO-FLY chasse mouche...),

- de la nature (EVENING STAR l'étoile du soir, SNOW BALL la boule de neige...),

- de la bible (JACOB'S LADDER l'échelle de Jacob, DAVID & GOLIATH...),

- ou encore de la situation géographique (ROAD TO OKLAHOMA route pour l'Oklahoma...)


VII - Les débuts du patchwork en Amérique

Au XVII° siècle les premiers colons Européens en Amérique connaissent une certaine misère.

Cela obligea les femmes à confectionner leurs couvertures à partir de tissus de récupération (vêtements très usagés, vieilles couvertures, toiles à sac de grains ou de farine...) et à les rembourrer avec des matériaux très divers tels que paille, feuilles sèches, papiers.

Il était bien sûr impossible de quilter de tels ouvrages si bien que les trois épaisseurs étaient assemblées par des nœuds. Ce n'est que bien plus tard (culture du coton et élevage des moutons) que le rembourrage a permis un matelassage piqué régulier.


VIII - Vers la Liberté

Les pionniers n'obtiennent que très tard l'autorisation "d'exercer des activités servant à la confection d'ouvrages" (culture du coton, élevage de moutons...); les contrevenants subissent de très lourdes peines (amputation d'une main pour celui qui fabrique des outils servant à filer).

Enfin ils peuvent tisser des toiles qui vont remplacer les tissus usagés et les femmes vont les teindre avec des colorants naturels: le lys pour le jaune, le souci pour l'orange, la garance pour le rouge, le pied d'alouette pour le bleu, le gui pour le vert, les noix pour le marron.


IX - Les Quilting Bees (réunions pour quilter, ruches...)

sont des événements sociaux très importants dans la vie des colons de cette époque. Les familles entières se réunissent pour une journée afin de terminer un ouvrage souvent en vue d'un mariage. Les hommes discutent, les femmes assemblées autour du métier quiltent, les enfants parfois cachés sous le métier aident à passer les aiguilles vers la surface du quilt.

C'est l'occasion d'apprendre les nouvelles, de dîner, danser ensemble et de lier de nouvelles amitiés...


X - Les conditions matérielles

et les conditions de vie différentes entre les femmes Américaines et les femmes Anglaises, la nécessité d'un côté contre l'oisiveté de l'autre, ont fait que le quilt Américain a suivi sa propre évolution.

Du "Crazy Quilt" (assemblage de tissus de tous genres et de toutes formes), aux quilts modernes (parfois véritables oeuvres d'art), le chemin a été souvent très dur. Grâce aux artistes qui ont signé et daté leurs oeuvres, on a pu retracer l'histoire du quilt, alors tâchons de suivre leurs pas.


XI - Les quilts modernes

sont parfois bien différents de ceux du passé.

Les blocs géométriques traditionnels sont travaillés avec un soucis artistique : recherche des couleurs alliée à un travail parfait.

Mais un nouveau style apparaît: de véritables tableaux, reproduction de paysages, de personnages ou pure "invention" faisant du quilt un art à part entière.